Comment apprendre la patience aux enfants ?

Publié le 28 octobre 2021
en collaboration avec Florence Millot (psychologue et psychopédagogue)

Tous les parents le savent, demander à son enfant d’attendre dans le calme n’est pas une mince affaire… Et pourtant, dans bien des situations vous n’aurez d’autre choix que de prier votre enfant de bien vouloir patienter. Les conseils de Florence Millot, psychologue.

Votre enfant gigote sur sa chaise, vous demande “c’est quand notre tour ?” 20 fois, court partout ou encore se roule par terre, las d’attendre… Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls parents dans ce cas. La patience n’est pas une qualité innée, elle s’apprend. Il est donc tout à fait normal que les enfants, notamment les plus jeunes, ne supportent pas d’attendre. Vous pouvez toutefois aider votre progéniture dans cet apprentissage avec des astuces simples. 

A partir de quel âge un enfant est-il capable d’attendre ? 

Chaque enfant est différent en ce qui concerne la patience. Cela dépend de plusieurs facteurs, selon Florence Millot : “s’il est naturellement nerveux ou pas, s’il y a eu des difficultés lors de sa venue au monde, s’il y a eu des temps en couveuse, si les parents ont toujours été très présents et ont toujours répondu rapidement à ses besoins, etc”. Durant les premiers mois de sa vie, l’enfant s’exprime par les pleurs et les parents répondent généralement rapidement à ses besoins (faim, changement de couche, fatigue…). Les trois premiers mois, bébé est en totale fusion avec ses parents, l’attente n’a pas sa place. Les trois mois suivants, on parle de fusion relative. A partir de neuf mois, les parents peuvent ne pas répondre aux sollicitations de bébé immédiatement. Vers un an, l’enfant comprend qu’il est une personne à part entière, détachée de ses parents. L’attente ne lui fait plus peur mais il réagit souvent excessivement quand on lui demande de patienter. 

Progressivement, l’enfant comprend que la phase de fusion a une fin et que le papa ou la maman ne peut pas accéder tout de suite à sa demande”, ajoute la psychologue. 

Ce n’est qu’à partir de deux ans que vous pouvez commencer à l’habituer à attendre tout en lui expliquant pourquoi vous ne pouvez pas accéder immédiatement à sa demande. 

Pourquoi les enfants sont-ils si impatients ?

L’attente est difficile pour un enfant car il n’a pas cette maturité cérébrale qui lui permet de se calmer seul et de ne pas être submergé par ses émotions. “Tout son système émotionnel est beaucoup plus sensible que le nôtre car au niveau de ses pensées, il n’a pas cette capacité, contrairement à nous, à verbaliser et à raisonner pour se calmer lui-même”, explique Florence Millot. 

A cela s’ajoute une notion du temps complètement floue. Les petits ne savent pas lire l’heure qui constitue un repère majeur dans la durée d’attente. “C’est pour cela qu’au lieu de leur donner l’heure, mieux vaut leur parler d’autres repères qui leur sont familiers : ‘après un dodo, après le goûter, quand tu auras fini ce dessin…’”, suggère la spécialiste. 

Comment réagir face à un enfant qui ne supporte pas d’attendre ? 

Face à un enfant qui s’énerve, commence à crier ou à se tortiller sur sa chaise, le mieux est de rester calme autant que possible et d’essayer de verbaliser ce qui se passe dans sa tête. Essayez de traduire ce qu’il ressent : ‘je vois que tu es en train de t’énerver, je vois que tu es en train de t’impatienter, tu as envie d’avoir ce jeu tout de suite…mais tu ne peux plus attendre’. “Comme l’enfant ne parvient pas à exprimer ce qu’il ressent ou en tout cas il le fait mal, par des cris par exemple, faites-le à sa place pour lui montrer que vous comprenez son comportement.

Autre astuce pour l’aider à s’apaiser : le détendre physiquement. “Une fois qu’on a nommé les choses, on revient au corps. On touche l’enfant sans trop d’intrusion pour essayer de le calmer s’il se montre agité. Vous pouvez poser votre main sur son épaule, prendre sa petite main en le regardant dans les yeux, le prendre sur vos genoux s’il est petit. L’objectif est qu’il sente votre corps calme contrairement au sien qui est tendu”, conseille Florence Millot. 

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Une fois l’enfant calmé, essayez de l’aider à trouver ce qu’il pourrait faire pour attendre en lui formulant des propositions : ‘Tu veux faire un jeu ? Boire de l’eau ? Manger un gâteau ?’. Cela incite l’enfant à réfléchir à ce qu’il veut, un exercice qu’il essaiera de reproduire les prochaines fois. “Et quand on peut enfin lui donner ce qu’il veut, on lui donne calmement et on valorise le fait qu’il ait réussi à attendre dans le calme : ‘je sais que c’était compliqué mais tu vois, tu as obtenu ce que tu voulais’”, recommande la psychologue. 

Quelques astuces pour l’aider à patienter

  • Discuter un maximum avec lui pour l’aider à penser à autre chose. Attention, pour que l’enfant ne se focalise plus sur l’attente, l’échange doit être de qualité. Quand vous lui parlez, regardez-le dans les yeux, touchez-lui éventuellement la main ou l’épaule, parlez-lui de choses qui l’intéressent, lisez-lui un livre ou chantez-lui une chanson. “Cela permet à l’enfant de combler sa frustration intérieure par un cadeau relationnel”, commente la spécialiste. 
  • Lui proposer un maximum d’activités avec des temps calmes pour contrebalancer les temps passés devant les écrans : coloriage, mandala, poterie, puzzle, cuisine, etc. “Ces activités lui apprennent le plaisir d’être dans la lenteur contrairement aux écrans où tout est rapide et qui l’empêchent de faire appel à son imaginaire”. 
  • Lui montrer l’exemple en ralentissant le rythme. “Il est important de montrer l’exemple aux enfants en étant nous-mêmes patients et calmes. Cela les encourage à faire de même, à se caler sur nos propres émotions. Les presser sur tout, constamment, ne les aide pas à apprendre la patience”, observe la psychologue. 


Publié le 28 octobre 2021
  • Entretien avec Florence Millot, psychologue, auteur du livre Apprendre à se concentrer : Comprendre votre enfant, le motiver et jouer avec lui, aux éditions Hatier. 
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