Qu'est-ce que le hygge, ou l'art de vivre à la danoise ?

Publié le 18 novembre 2021
en collaboration avec Johanna Rozenblum (psychologue clinicienne)

Allumer des bougies et passer des moments entre amis pour être heureux ? A en croire les Danois, la clé du bonheur réside dans les choses simples du quotidien. Décryptage de la tendance hygge avec la psychologue Johanna Rozenblum.

Une étude sponsorisée par les Nations Unies a élu le Danemark "deuxième pays le plus heureux du monde" en 2021, juste après la Finlande. Chaque année, les Danois caracolent en haut du classement, et ce n’est pas par hasard : ils disposent d’une recette du bonheur bien à eux, le hygge.

Qu’est-ce que le hygge ?

C’est un terme aussi difficile à prononcer (“hoo-gah”) qu’à traduire et à définir. En effet, une seule transposition ne suffit pas à appréhender cette philosophie de vie à la danoise. "On pourrait le traduire par ‘intimité’, ‘bien-être’ ou plus familièrement ‘cocooning’, explique Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne. C’est un état d’esprit basé sur la convivialité et l’écoute de soi."

Un art de vivre qui a commencé à faire parler de lui hors du pays en 2016 avec la parution du livre à succès Le livre du Hygge de Meik Wiking. Dans son ouvrage, il explique que "le hygge parle d’ambiance et d’expérience, plutôt que de choses tangibles : c’est être avec les personnes que l’on aime. Le sentiment d’être à sa place, comme à la maison. La sensation d’être en sécurité, protégé du monde extérieur, et de pouvoir enfin baisser la garde."

Mais pourquoi au Danemark plus qu’autre part ? "Dans ce pays où le froid est présent 9 mois par an, où le temps d'ensoleillement est très court, il semblerait que l'attention portée au bien-être psychologique et à l'adaptation à l'environnement soit un vrai sujet de questionnement, suggère la psychologue. Des études et de nombreux ouvrages danois portent sur ce sujet, il y a un réel désir d'apprendre à se sentir bien.

Comment être hygge ?

L’importance de se sentir bien chez soi

Sachant cela, qu’est-ce qui est hygge et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Les Danois passant beaucoup de temps chez eux, un point d’honneur va notamment être mis sur la décoration - le fameux style scandinave. "Si les Danois sont obsédés par leur décoration intérieure, c’est parce que le chez-soi est le quartier général du hygge, écrit Meik Wiking. Le foyer est au cœur de la vie sociale au Danemark. Alors que dans de nombreux pays la culture incite à avoir une vie sociale à l’extérieur, dans des bars, restaurants ou cafés, les Danois préfèrent le hjemmehygge (hygge à la maison)". Ainsi, les bougies - les Danois en consomment plus de 3kg par an par habitant - et les feux de cheminée sont hygge, parce qu’ils créent une atmosphère chaleureuse. A l’inverse, les lumières vives et les néons, trop agressifs, ne le sont pas. Les coussins, les plaids, le bois et les plantes vont être hygge ; ce qui ne sera pas le cas des objets de décoration en métal, par exemple.

Prendre son temps

Autre point sur lequel la philosophie hygge insiste : prendre son temps, avec soi-même, son entourage mais aussi lorsque l’on réalise quelque chose. Le hygge se concentre sur le procédé plus que sur le résultat. Par exemple, “cuisiner un plat hyggelig [adjectif dérivé du terme hygge, NDLR], c'est prendre plaisir à la lenteur du procédé, au temps passé à tout préparer, et c'est le bonheur de concocter quelque chose qui a de la valeur”, illustre Meik Wiking. En résumé, le hygge est “humble et lent, il s’agit d’une “pause”. “On ne peut pas apprécier le hygge si on est pressé ou stressé, et l’art de créer de l’intimité ne peut jamais être acquis par autre chose que le temps, l’intérêt et l’engagement des personnes qui vous entourent”, affirme-t-il.

Pied de nez à la société de consommation

Ce qui est hygge, c'est de savoir se créer une atmosphère chaleureuse, apaisante et profiter des belles choses aussi simples soient-elles !, ajoute de son côté Johanna Rozenblum. C'est s'entourer de personnes bienveillantes et privilégier les discussions des choses simples de la vie, sans animosité. C'est s'éclairer à la bougie en buvant une boisson chaude et se couper des stimulations sensorielles extérieures qui pourraient perturber notre quiétude... C'est un art de vivre à l'écoute de soi et de son équilibre émotionnel.” Au contraire, “ne pas tenir compte de son malaise psychologique, de son besoin de réconfort et de bienveillance, et s'exposer à des situations qui nous sont délétères pour des questions de performance au détriment de notre corps et de notre esprit”, c’est loin d’être hygge.

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Finalement, le hygge fait un joli pied de nez à la société de consommation, qui encourage à profiter de toujours plus de biens et de services, toujours plus rapidement. “Le hygge peut signifier, et c’est souvent le cas, boire ou manger, mais plus l’acte ira à l’encontre de la société de consommation, plus il sera hyggeligt, tient à souligner Meik Wiking. Plus une chose est associée à l’argent ou au prestige, moins elle devient hyggeligt. Plus une activité est simple et primitive, plus elle est hyggeligt. Boire du thé est plus hyggeligt que boire du champagne, jouer à un jeu de société est plus hyggeligt que jouer sur son ordinateur, et des plats et gâteaux faits maison sont bien plus hyggeligt que les produits tout-prêts du commerce".

Le hygge, à la portée de tous ?

Mais est-ce qu’on ne pratique pas tous le hygge sans forcément le savoir, et simplement à des intensités différentes ? Selon la psychologue, cela va plus loin que le fait de se servir une tasse de thé. “Être à l'écoute de soi est un apprentissage qui n'est pas du tout inné. On le voit avec le nombre croissant de burn-outs, par exemple. Il faut non seulement savoir s'écouter, entendre les signaux de malaise psychologique et les manifestations somatiques, mais aussi accepter de les prendre en charge. Savoir que l'on ne va pas bien, si ce n'est pas suivi de changements, n'aidera pas à aller mieux. Ce qui est intéressant dans le courant hygge, c'est que ce n'est pas un remède mais bien une hygiène de vie dont l'objectif est justement de nous protéger de glisser vers la souffrance que peut nous induire notre travail, notre environnement, la météo…"

Une espèce de traitement préventif du mal-être, en quelque sorte, qui se prend au long cours et qu’il faut conscientiser. “C’est à la portée de tout le monde de prendre un bain chaud après une longue journée ou boire un verre de vin dans un bar à la lumière des chandelles. Ce sont des moments hygge, même si on ne les nomme pas comme tels. La différence avec les Danois, c’est qu’eux en font une priorité, un rituel régulier", précise Helen Russell, autrice du livre The Year of Living Danishly: Uncovering the Secrets of the World's Happiest Country. Un rituel d’ailleurs rendu possible par certaines conditions de vie au Danemark, comme un temps de travail hebdomadaire réduit et une plus grande facilité de déplacement à vélo : “Il y a une infrastructure de base qui permet aux gens de dire : je vais prendre le temps”, affirme le psychologue canadien Ghassan El-Baalbaki, interviewé par Radio-Canada sur le sujet.

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Être heureux : “La clé est celle que l'on trouvera pour soi-même”

Profiter des choses simples, est-ce donc cela la vraie clé du bonheur ? Une question qui obsède les êtres humains depuis la nuit des temps. Johanna Rozenblum estime qu’ “il n'y a pas de définition univoque du bonheur, la clé est celle que l'on trouvera pour soi-même et qui correspondra à nos propres besoins. Mais savoir s'entourer de personnes bienveillantes, trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, prendre soin de son corps et être attentif.ve à ses émotions sont déjà des points de départ.” Et ajoute en tant que psychologue qu' “être au clair avec son histoire, son passé reste essentiel”.


Publié le 18 novembre 2021
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